Ce funambule qui avance
D'un pas hésitant sur le filin
Détendu d'un portefeuille sans avances,
Frémit de n'avoir qu'un espoir vain
De pouvoir un jour dépenser sans compter
Ses deniers si durement gagnés,
Ce pécule issu de la sueur de son front plissé
Par sa lutte contre le désespoir éculé
Qu'engendre une vie où, malheureusement,
Même le bonheur est une question d'argent,
Où le bien-être s'achète si chèrement
Et où l'amour ne se donne plus mais se vend .
Tu vacilles, équilibriste, tu chancèle :
Le vent de la corruption ébranle ta stabilité,
Ton fil s'effile, fil à fil, tel la ficelle
Qui fait s'enfler ton cou si fort qu'elle te fait suffoquer,
Cette corde par laquelle les grands de ce monde
S'octroient la puissance économique et financière
Pour gérer paisiblement les richesses immondes
Dont le labeur des simples gens est la matière première,
Ce cordon c'est ta rémunération, ta paye,
Celle-là même qui te place en équilibre instable,
Celle pour qui tu n'est pas libre, celle sur qui tu veilles
Pour ne pas tomber dans ce vide non imposable
Ecrit le 30/04/96